Prise Bastille

HISTOIRE

Le quartier de la Bastille est un lieu vivant de jour comme de nuit, c’est un des quartiers branché et néanmoins populaire de Paris.

Si on veut imaginer ce qu’était Paris et sa vie trépidante, c’est ici qu’il faut en trouver les sources et les vestiges. Tout simplement parce que place de la Bastille, c’est la Révolution Française, Gavroche, les grands mouvements populaires, mais aussi les artisans, le port de l’Arsenal.

Pour mieux comprendre ce quartier qui ne dort jamais, un peu d’Histoire s’impose…

La Bastille

Le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel, fit construire une porte fortifiée qui défendait la rue Saint-Antoine qui était flanquée d’un petit bastion, une bastille.
Charles V, voulant préserver son hôtel de Saint-Paul, d’une attaque subite, ordonna de reconstruire ces fortifications sur un plan beaucoup plus vaste1.
Hugues Aubriot, prévôt des marchands de Paris, en posa la première pierre en 1370.
Cette forteresse n’avait à l’origine que 2 tours; on en ajouta rapidement deux autres puis vers 1383, Charles VI en fit bâtir 4 nouvelles, les réunit par de gros murs et les entoura d’un fossé.
Sous Henri II, en 1553, on éleva de nouvelles fortifications qui furent achevée en 1559. Ces travaux consistaient en une courtine flanquée de bastions, bordée de larges fossés à fond de cuve2. Les contours des murailles orientales de forteresse sont marqués aujourd’hui par pavage spécial visible sur la partie ouest de la place.

En mai 1418 Charles VII, alors dauphin de France, est contraint de quitter précipitamment sa résidence, l’Hôtel Saint-Pol, et fuit Paris en passant par la Bastille en raison des massacres perpétrés par les Bourguignons, avec à leur tête bourreau Capeluche.
En août de la même année, les Bourguignons assiégèrent la Bastille Saint-Antoine pour s’emparer des Armagnacs qui s’y étaient réfugiés, les portes furent brisées3. Quand on voulut transférer les prisonniers au Grand-Châtelet, l’escorte fut attaquée et le peuple massacra les Armagnacs1.

Cette bastille qui avait été construite pour mettre la capitale à l’abri des attaques des Bourguignons et des Anglais, servit de prison sous Louis XI. Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France fut mis à la Bastille le 27 novembre 1475 et fut décapité en place de Grève le 19 décembre de la même année.

Transformée en prison d’État par Richelieu, la Bastille est prise d’assaut le 14 juillet 1789 par la population du Faubourg Saint-Antoine, ce qui est considéré habituellement comme le premier acte de la Révolution française.
De cet épisode majeur de l’histoire de France date le caractère symbolique de cette place, lieu de nombreuses manifestations politiques.
Le 14 août suivant, alors que la démolition avait commencé, les ouvriers trouvèrent dans la tour de la Comté, 5 boulets incrustés dans la pierre. On suppose qu’ils avaient été lancés en cet endroit lors de la bataille du faubourg Saint-Antoine en 1652.
Une partie des matériaux qu’on tira de la démolition servit à construire le pont Louis XVI.

Une loi du 27 juin 1792 prescrivit la formation d’une place sur le terrain de la Bastille.
Conformément à un arrêté du gouvernement de la République du 11 frimaire an XII (3 décembre 1803), le plan adopté com prenait les dispositions suivantes1 :

« Art 1 – Une grande place circulaire, au milieu de laquelle sera construit un bassin de même forme, orné à son pourtour d’une double rangée d’arbres;
Art 2 – l’entrée de la rue du Faubourg-Saint-Antoine sera reportée de l’ouest au sud-ouest de sa position actuelle, afin de rectifier le contour qu’elle forme à son ouverture, et de la faire arriver symétriquement sur la place en face de la rue Saint-Antoine, avec laquelle elle ne formera plus qu’une seule rue.
Art 4 – Le canal destiné à la réception des eaux de l’Ourcq sera établi dans le fossé de l’Arsenal, de manière à communiquer du côté du sud avec la Seine, et du côté du nord avec le bassin circulaire; deux rangées d’arbres orneront chacune des deux rives de ce canal. Par ces dispositions, la grande place circulaire deviendra le point de réunion des boulevards intérieurs de Paris, celui du canal et des deux allées qui en borderont les rives, ainsi que de plusieurs rues combinées, de manière à former sur cette place des façades circulaires et symétriques de même grandeur, etc. »

Ce projet n’a pas été exécuté.

Lieu de danse

Le 14 juillet 1790, l’entrepreneur privé Palloy organise une fête parallèle à la Fête de la Fédération : une tente est plantée au milieu des ruines avec un écriteau « ici on danse », il s’agit du premier bal du 14 juillet qui demeurera une tradition jusqu’à nos jours. Cette tente est représentée sur une peinture à la gouache sur carton, pièce du musée Carnavalet, de Henri-Joseph Van Blarenberghe, ancien peintre militaire, qui a également peint des images de la prise de la bastille.

Dès le 16 juin 1792, il est décidé que l’emplacement de la Bastille formerait une place dite « de la Liberté » et qu’une colonne y serait élevée. Palloy, l’entrepreneur de travaux qui avait démoli la forteresse, fournit la première pierre, mais la construction en reste là. Une fontaine est néanmoins installée en 1793.

Installation de la guillotine sur la place de la Bastille

Du 9 au 14 juin 1794, la guillotine fut installée sur la place, dégagée des restes de la forteresse de la Bastille, appelée désormais place Antoine. Les citoyens réclamèrent son déplacement à la place du Trône-Renversé.

Le nombre de personnes guillotinées sur la place de la Bastille est de 75.

L’éléphant de la Bastille

Napoléon, dans ses projets de réaménagement de Paris, projeta en 1808 d’y construire un monument en forme d’éléphant portant un Howdah (sorte de palanquin en forme de tour), pour en faire le pendant, à l’est de Paris, de l’Arc de Triomphe construit à l’ouest. Il devait mesurer 24 mètres de haut et être fondu avec le bronze des canons pris aux Russes. On devait accéder au sommet par un escalier logé dans une patte. Voici le décret impérial, rendu au palais des Tuileries le 24 février 1811 :

« L’éléphant destiné à orner la fontaine de la Bastille sera coulé en bronze. La matière de ce monument ne sera pas comprise dans la dépense; elle sera fournie par nos arsenaux, et notre ministre de la guerre affectera à cette destination les pièces de bronze qui ont été prises dans la campagne de Friedland. »

L’architecte Jean-Antoine Alavoine commença les travaux en 1833, mais seule une maquette en plâtre grandeur nature due au sculpteur Pierre-Charles Bridan fut élevée. Le roman de Victor Hugo Les Misérables nous en conserve le souvenir, par l’abri qu’il fournit à Gavroche. Ce monument fut abattu en 1846, il n’en reste que la base circulaire de la fontaine.

La Colonne de Juillet

Louis-Philippe décida en 1830 de construire la Colonne de Juillet, déjà prévue en 1792, mais pour, cette fois, commémorer la révolution des Trois Glorieuses.
Une ordonnance royale, du 6 juillet 1831, a prescrit l’érection d’un monument funéraire en l’honneur des victimes des trois journées. La première pierre a été posée par le roi Louis-Philippe Ier le 27 du même mois. La colonne de Juillet est d’ordre corinthien; des inscriptions, des palmes, des couronnes d’immortelles, des rameaux de chêne, les armes de la Ville, le coq gaulois et le lion, symbole astronomique du mois de juillet, ornent le piédestal.
Elle fut inaugurée en 1840.

Les Arènes nationales

Place de la Bastille se trouvait l’entrée des Arènes nationales, vaste lieu de spectacles en plein air inauguré le 1er juillet 1851.

Le cortège carnavalesque du Bœuf Gras y fit son entrée le lundi gras 23 février 18525.

L’activité des Arènes nationales fut brève. Dès 1854, le terrain où elles se trouvaient fut vendu pour la construction de nouveaux immeubles.

Gare de la Bastille

La gare de la Bastille ou gare de Paris-Bastille était une ancienne gare parisienne, ouverte de 1859 à 1969. Elle était la tête de la ligne reliant Paris à Verneuil-l’Étang, appelée « ligne de Vincennes » pour indiquer que sa construction avait été contemporaine de celle du fort de Vincennes. Après l’arrêt de l’activité ferroviaire, le bâtiment voyageurs de la gare de la Bastille servit de lieu d’expositions artistiques jusqu’à sa destruction, en 1984, lorsque l’opéra Bastille fut construit à son emplacement.

Le 24 mai 1871, les communards tentèrent de détruire la Colonne de Juillet, comme ils avaient réussi à mettre à bas la Colonne Vendôme. À partir du Canal Saint-Martin, ils engagèrent sous la voûte sur laquelle repose la Colonne une péniche remplie de pétrole. Des flammes de près de 50 mètres de long sortirent par les extrémités des tunnels, et d’autres grimpèrent en haut de la Colonne. Finalement on tira sur la colonne près d’une trentaine d’obus depuis le pont d’Austerlitz et des Buttes Chaumont, mais en vain, la Colonne restait intacte.



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