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L’ALIMENTATION : UN ENJEU POUR NOTRE SANTÉ ET NOTRE ÉCONOMIE

Mercredi 27 septembre, La bastille en Marche a organisé un passionnant débat sur un sujet-clé : notre alimentation. Ce débat s’inscrit dans le contexte des Etats Généraux de l’Alimentation. Voici les principales réflexions qui se sont dégagées de ce débat :

Le cadre

Les états généraux de l’alimentation sont d’abord une vaste consultation citoyenne, autour de grandes problématiques identifiées par le ministère. Il s’agit pour Nicolas Hulot de cesser de penser en silo, et d’avoir une approche globale, intégrant avec l’agriculture qui relèverait de l’économie d’un côté, l’alimentation qui relèverait de la santé, les deux dialoguant de surcroît avec l’environnement. Pour trouver de nouvelles solutions, il faut poser autrement les termes du problèmes, en articulant toutes ces dimensions.

Mais quel problème ? Celui d’une transformation des pratiques agricoles, à l’instigation de politiques productivistes qui ont eu leur légitimité, avec pour conséquence certes la disparition des disettes et une meilleure sécurité alimentaire, mais aussi l’appauvrissement des agriculteurs, des sols, de la qualité nutritionnelle des produits. La création de la Politique Agricole Commune (40% du budget européen, d’abord au bénéfice de la France qui touche 10 milliards) a renforcé cette tendance, en encourageant le productivisme.

Les premiers affectés sont les agriculteurs : en 100 ans, leur part est passée de 90 à 4% de la population, et beaucoup vivent dans des conditions difficiles, car leur travail n’est valorisé ni financièrement ni symboliquement via le modèle actuel de distribution (la grande surface à 70%), qui pressure les prix et distend la relation avec le consommateur… 30% des Français sont satisfaits des produits alimentaires qu’ils achètent.

La méthode

Lancés avant l’été, les Etats-Généraux permettent d’apporter des idées en ligne sur les 4 chantiers majeurs identifiés, et détaillés en problème-causes-propositions de solution. De nombreux ateliers « dans la vie réelle » sont également organisés en régions, une synthèse sera produite de novembre à mi-décembre. Evidemment tout cela est fortement canalisé, et les ateliers présidés par des acteurs souvent dominants, mais il n’en reste pas moins que participer à cette consultation permet de découvrir des idées, de favoriser par son vote celles qui paraissent les plus pertinentes, et donc d’aider à les faire émerger.

Alimentation

Pour notre atelier Alimentation nous avons choisi de travailler sur 3 sous-thématiques :

  • Comment rémunérer de façon équitable les agriculteurs ?
  • Comment mieux informer les consommateurs de la qualité des produits consommés
  • Comment valoriser le modèle alimentaire français à l’international ?

 

Deux points clefs, les abattoirs et la distribution

Nos débats ont nécessité des éclairages de notre expert local : par exemple, la question des abattoirs semble un verrou de la qualité comme de la souffrance animale. En effet en France l’abattage est obligatoirement effectué par un abattoir agréé, or ces abattoirs sont en situation d’oligopole (il existe 50 abattoirs, 40 d’entre eux étant la propriété de 4 acteurs) et imposent leurs règles : en achetant les bêtes au poids sans prendre en compte la qualité, ils encouragent l’engraissage rapide ; en adoptant les méthodes d’abattage dit « traditionnel » pour contourner le cahier des charges plus contraignant de l’abattage « standard » (étourdissement préalable notamment), ils augmentent également la souffrance animale. Ce qui devait être une niche réservée aux pratiques confessionnelles est devenu la norme en France : 70% de l’abattage se fait selon ces pratiques.

Le second point clef du débat réside dans la distribution. Entre 1963, l’apparition de la première grande surface en France, et 2000, c’est là aussi 70% du marché qui a été conquis par ces acteurs qui exercent une pression sur les prix d’achat tel que le pourcentage du producteur dans le prix est aujourd’hui minime, au regard du transport, de la transformation, de la distribution.

Cette évolution appelle deux observations : le coût final n’intègre pas les « externalités négatives », notamment l’impact environnemental lourd des transports routiers (le fameux pot de yaourt qui parcourt des milliers de kilomètres entre le lieu de production du lait, de transformation, de mise en pot, des distribution). Réintégrer ces coûts cachés modifierait le différentiel avec les produits éco-responsables… Ajoutons que les marges des distributeurs sont beaucoup plus élevées sur les produits ébio que sur leur équivalent issu du modèle productivités : cela fait deux éléments de distorsion de concurrence qui rendent artificiellement plus chers les produits plus sains et meilleurs pour notre environnement. Nous aurions pu aussi parler du coût environnemental des grandes surface péri-urbaines, qui artificialisent des sols agricoles parfois remarquables, et supposent l’utilisation de la voiture individuelle chaque semaine…

Mais comme on ne peut tout traiter en un atelier, nous nous sommes concentrés sur ces propositions :

Pour mieux informer les consommateurs

  • Assurer une plus grande transparence et effectivité des mesures légales
  • Sensibiliser les enfants, dans le cadre scolaire, aux questions alimentaires (circuits courts, etc.)
  • Créer un indice de bien-être animal sur le modèle du nutri-score, lisible sur les étiquettes, et renforcer le contrôle comme les sanctions dans les abattoirs
  • Revoir la gouvernance des acteurs

Pour mieux rémunérer les agriculteurs…

  • Développer les circuits courts et faire apparaître de nouveaux acteurs proposant soit de former les producteurs à la logistique et au marketing, soit en encourageant l’apparition d’acteurs offrant une mutualisation et une externalisation de ces méthodes, l’agriculteur ne pouvant être un multi-spécialiste.
  • Utiliser la restauration collective pour développer les circuits courts, dans une démarche d’économie circulaire (avec tri et recyclage) déjà initiée souvent
  • Revoir la législation sur les abattoirs et développer leur labellisation
  • Pour les circuits longs, éviter le face-à face abatteur/coopérateur face au producteur
  • Modifier les lois sur l’immobilier commercial pour stopper le développement des hypermarchés en zone péri-urbaine

Pour valoriser le modèle alimentaire français

  • Mettre en avant l’identité régionale dans les supermarchés pour favoriser les circuits courts et sensibiliser à leur existence, tout en valorisant davantage le travail de l’agriculteur (souvent nommément cité).
  • Favoriser l’étiquetage sur la traçabilité des produits et valoriser la provenance en informant les enfants et parents sur l’origine des produits de la cantine
  • Promouvoir, par les salons, par les chefs, par les grands distributeurs à l’étranger nos meilleurs produits, mais aussi notre savoir-faire (en matière de construction de filière par exemple), notamment dans les pays francophiles
  • Améliorer les labels pour mettre en valeurs et développer la qualité des produits.

Et après ? Nous allons individuellement porter et défendre ces propositions collectives sur la plateforme de consultation. Et vous, avez-vous des propositions ? N’hésitez pas à nous en faire part dans vos commentaires.

 

 

 



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